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Interview partie 3 : M. Koffi Bi Amani « Le mal de notre pays est parti des élections d’octobre 1995 »

Autrefois bouillant et très zélé pour son parti et surtout considéré par ses parents comme le « vagabond » de la charité dans la région de Sinfra,  M. Koffi Bi  Amani est resté très silencieux depuis quelques années. Dans cet entretien qu’il a fini par nous accorder après moult supplications, il dresse un tableau synoptique de la situation politique en Côte d’Ivoire. L’ancien Directeur du Cabinet II  au ministère de la Coopération  et de l’intégration africaine a décidé enfin de se vider. Lire cette 3ème partie de cet entretien-vérité ….à couper le souffle.

unite.ci : Après plusieurs décennies de crise socio-politiques en Côte d’Ivoire, la prochaine présidentielle d’octobre 2020 s’annonce comme celle qui va enfin tourner définitivement la page des incertitudes et de l’instabilité politique. Mais à vous écouter, l’élection Présidentielle d’octobre 2020, ne guérira pas la Côte d’Ivoire de son mal qui selon vous date de 1995.

Koffi Guy Amany: Le mal de notre pays est parti des élections d’octobre 1995. Et, depuis lors, toutes les élections qui ont été organisées par la suite ont été suivies de crises. Croire donc que cette élection peut mettre fin au mal dont souffre notre pays, c’est faire un mauvais diagnostic. L’origine de ce mal est beaucoup plus profonde parce qu’elle se situe dans la représentation tronquée de la politique que des animateurs de la vie politique ont inculqué au peuple ivoirien. En général, pour ces animateurs, la politique rime avec moyen rapide d’enrichissement personnel, de domination tribale, clanique et partisane au point de voir leurs militants, leurs sympathisants et amis, ainsi que les ressortissants de leurs régions s’approprier les expressions suivantes :

  • Laissez cabris pisser, juste pour dire, le chien aboie, la caravane passe.
  • C’est notre tour
  • Le rattrapage ou encore la libération du tabouret.

De façon détournée, les hommes politiques amènent le peuple, du moins, leurs militants à épouser l’idée d’exclusion de l’autre, se considérant, désormais comme les détenteurs exclusifs du patrimoine de l’État et par conséquent les gardiens, les défenseurs (par tout moyen) de ce qu’ils considèrent comme leur propriété. Dès lors, la perte du pouvoir est perçue comme la perte de leur propre personne et conséquemment, comme leur prochaine exclusion des affaires de l’Etat ; Ce qui malheureusement n’est pas faux.

C’est  cet imaginaire négatif tronqué et pernicieux, de la politique savamment distillé au sein des militants et la peur de tout perdre avec l’arrivée d’un nouveau régime qui justifient les violences comportementales.

Tout ce qui précède m’amène à soutenir qu’à l’image des élections de 1995, de 2000, de 2010, de 2015, celle de 2020, ne règlera aucun problème, bien au contraire.

Vous semblez très pessimiste.  Y a-t-il alors à désespérer pour notre pays au vu de toutes les dates auxquelles vous venez de faire référence ?

Non, pas du tout. En effet, un des principes naturels qui gouverne notre existence est celui du mouvement ; rien n’est figé, tout bouge, tout change. Et, le temps crée les conditions des bouleversements qui imposent la réorganisation de la société. Aussi, assiste-t-on à des nouveaux choix qui conduisent à des renversements de vieilles alliances. Dès lors, nous tendons, vers la mutation de la société comme le soutient le professeur Ezouah Léon Koffi.

Et pourtant, nous avons assisté et continuons d’assister à des changements d’alliance en Côte d’Ivoire même les plus imprévisibles tels que FPI-RDR pour donner le Front Républicain, le RDR-PDCI-UDPCI-MFA et PIT pour donner le RHDP et enfin, le PDCI-FPI-EDS etc. , dans le cadre d’une plateforme dite non idéologique, etc.

C’est déjà une bonne chose de voir des adversaires que tout oppose se mettre ensemble. C’est qu’ils ont au moins compris que l’union fait la force. Dans l’intérêt du peuple ivoirien, ils doivent aller beaucoup plus loin, (partis de l’opposition et parti au pouvoir doivent se mettre ensemble afin de faire disparaître tous ces clivages). L’exemple est donné par le FPI et le PDCI à travers le concept bien choisi qui est la plate-forme non idéologique. Il reste à faire adhérer les autres partis politiques dont le RDR. Ce serait l’idéal. Les grands fauves tels que les lions ne se mettent-ils pas ensemble pour chasser même les plus petits et faibles herbivores?
Même si tel est mon souhait je ne suis pas pour autant naïf, au point de croire qu’au stade de la culture démocratique où ils sont tous arrivés, que nos hommes politiques veuillent retourner au parti unique même remodeler dans l’intérêt du peuple. Pourtant, n’est-ce pas ce qu’ils font déjà plus ou moins dans le cadre des coalitions ? Pourquoi alors ne pas aller plus loin ? Malheureusement, ce type d’alliance dont vous parlez se fait en dehors de toute vertu ; elle se fait sur la base de la duplicité des dirigeants des parties qui les signent.

En réalité dans leurs stratégies de conquête et de conservation du pouvoir, chacun des dirigeants signataire souhaite secrètement être le cavalier et utiliser les autres comme les chevaux. Un des dirigeants du FPI n’écrivait-il pas : « . . . l’Alliance entre eux est de surface . . . » Oui ! Dans le cadre du Front républicain, le FPI ne le savait-il pas ? Le RDR l’ignorait-il également ?
Dans le cadre du RHDP, le PDCI doyen des partis politiques ayant à sa tête le président Henri Konan Bédié qui dès l’âge de 21 ans représentait déjà la Côte d’Ivoire et à plus de 80 ans signait cette alliance ne le savait-il pas ? Le RDR ignorait-il que cette alliance était de surface ?
Aujourd’hui, on nous prépare une autre alliance FPI- PDCI (Gbagbo- Bédié) sur la base d’une alliance de  surface. Le mot n’est pas de moi, mais d’un cadre du FPI et non des moindres.Que ne feraient-ils pas tous, dans leurs stratégies de conquêtes et de conservation du pouvoir ?

Où mettent-ils alors l’intérêt du peuple qu’ils vont par la suite appeler pour descendre dans les rues ?

Dites-moi, en quoi ces alliances transforment-elles, l’esprit et le comportement des ivoiriens puisque ce sont ces mêmes acteurs qui sont à l’origine de l’état de putréfaction de notre pays ?

Non ! Il faut des personnes qui soient imprégnées au plus profond de leur subconscient et non de leur conscience (puisque la conscience fonctionne au gré de ses intérêts) d’une nouvelle représentation du pouvoir d’État, plus favorable à une paix durable et à la prospérité sur la base d’un esprit politique qui tienne compte des valeurs de vertu, d’éthique. Elles pourront dès lors se charger d’incruster cette nouvelle mentalité, cette nouvelle représentation ou encore cet imaginaire au sein de notre société, de sorte à amener la population à bannir de son langage et de son comportement toutes les manifestations ou expressions belliqueuses, d’exclusion visant à protéger leur supposé droit de propriété du patrimoine de l’Etat qui n’est pas cessible car, appartenant à tous les citoyens et citoyennes de ce pays. C’est tant mieux si, nos animateurs actuels de la vie politique ivoirienne peuvent changer. Malheureusement, je suis de ceux qui pensent qu’on ne peut pas faire du neuf avec du vieux, à moins qu’il n’y ait eu entre temps, un véritable électrochoc qui ait amené certains parmi eux à prendre conscience du caractère anormal de la situation au point de vouloir se mettre en mission pour y apporter la solution.

Mais, cela exige de leur part, la sincérité, et l’honnêteté, faute de quoi ils seront combattus par la suite en leur qualité d’imposteur et, ce serait dommage !

Quelles propositions faites-vous pour remédier alors à l’état de putréfaction selon vos termes de notre pays ?

Dans le cadre de cette interview, n’étant pas dans la posture de candidat, Je ne pourrai vous donner que quelques orientations. Comprenez que, toutes les œuvres sur la vie de nos sociétés réalisées par nos grands penseurs l’ont été dans un contexte propre aux situations qui ont prévalu à leurs époques. Ce fut par exemple le cas d’Aristote, Thomas Hobbes, de Joh-Locke, de Jean Jacques Rousseau, d’Alexis de Tocqueville, de Paul Valery, tout comme de Bernard Dadié, etc.

Ainsi donc, pour vous dire qu’une orientation politique est en général tributaire de son contexte historique. Aussi est-elle une réflexion de situation.

Depuis 1993 à ce jour, la Côte d’Ivoire vit une situation de crise sociale qui fragilise la paix à l’approche des élections et en gendre des crises post-électorales. En outre, la gestion des affaires de l’Etat pose problème.

L’affectation des projets de développement se fait par rapport à l’appartenance régionale des tenants du pouvoir d’Etat, tout comme les nominations à la tête des appareils d’Etat, l’attribution des marchés publiques, l’exclusion systématique des autres, l’impunité, l’indiscipline etc. C’est ce constat qui nous amène à faire des orientations non exhaustives en quatre (04) points.

  1. Il faut impérativement créer un nouvel imaginaire qui ne peut que provenir des dirigeants politiques qui doivent être patriotes et pourquoi pas nationalistes en cas de nécessité ? De même, l’on dit que le poisson pourrit d’abord à partir de la tête, l’introduction d’un nouvel imaginaire dans la société doit d’abord commencer au niveau de la classe politique et surtout dirigeante.
  2. Il faut mettre la culture d’importation au diapason de notre héritage culturel et en l’adaptant à nos propres conditions locales.

Il nous revient par conséquent de greffer les différents modèles importés (politique, économique, social, éducatif et scolaire, culturel etc.), à savoir, toutes les compétences importées, sur le tronc de l’esprit ivoirien. Seul dans cette situation, nous serons capable d’entreprendre et de poursuivre un processus de développement tout à fait unique en son genre, marqué du sceau de l’originalité comme nous enseigne l’histoire du Japon à travers la reforme Taika et autres à partir de l’ouverture de la culture japonaise à la culture Chinoise qui y a été introduite dès le VIème Siècle d’une part jusqu’à la révolution Meiji (1867-1868) d’autre part, traduisant l’ouverture de la culture japonaise a la culture Occidentale. C’est de là que vient le secret de la réussite du Japon et des pays asiatiques en général.

  1. Nous allons nous référer à la fois à la révolution française de 1789, et à l’abdication de l’empereur Napoléon Bonaparte en 1814 qui le conduisit sous escorte de la coalition des vainqueurs en exil sur l’ile d’Elbe.

Alors que Louis XVIII, roi des Français et le dernier de la dynastie des Bourbons succèdent au régime de l’empereur Napoléon estimait que la France sans un roi était anecdotique et temporaire, Napoléon savait que son régime en tant que premier empereur des Français était mortel, car il n’avait pas de précédent.

Comme tout schéma de rupture, celui auquel nous inviterons les Ivoiriens n’a pas de précédent  dans l’histoire de l’Afrique noir, aussi sera-t-il combattu par des résistances endogène et surtout exogènes qui travailleront sans relâche à saper les bases du pouvoir de celui qu’elles considéreront comme un usurpateur parce que n’ayant pas la même légitimité que celle du ‘’Monarque’’ qui vient de ‘’Dieu’’ avec un sang divin qui coule dans ses veines, contrairement à celui qui est taxé d’usurpateur parce que la légitimé de son pouvoir vient du peuple.

Il faut savoir que sans les sans-culottes, la révolution Française de 1789 qui est avant tout bourgeoise, aurait certainement échoué, tout comme le coup d’État du Général Napoléon Bonaparte qui aurait connu le même sort à cause de ces mêmes sans-culottes, si le général n’avait pas bénéficié de complicités internes de certains membres influents des institutions de la révolution. Juste pour dire qu’aucune réforme en profondeur ne peut prospérer sans mouvement populaire en guise de sentinelle un peu comme les gardiens de la révolution en Iran. Certains ont semé, d’autres apporteront l’eau nécessaire au développement de ce qui constituera une véritable rupture.

  1. Il ne faut pas perdre de vue que la correction est le fondement de la loi et de l’ordre. L’impunité doit cesser et la sanction doit être de mise. Toute atteinte à l’intérêt national, d’où qu’elle vienne, sera considérée comme les crimes les plus graves et traités comme tel, c’est-à-dire conformément à la volonté du peuple exprimée à travers la constitution. Si par exemple la volonté du peuple est de sanctionner par la peine capitale les crimes économiques, ou le tripatouillage des élections jugées sensibles, cette sanction devra être appliquée sans état d’âme. Seul l’intérêt de l’État compte sans oublier que la vérité est belle lorsqu’elle est nue, donc dépourvue de tout artifice.

Mieux ! Ces dispositions seront remises à tous ceux qui exerceront ces fonctions afin qu’ils sachent à quoi ils s’exposent en cas de transgression. Après ce que je considère un peu comme une « transition », avec les balises qui auront été mises pour éviter les abus, tous les partis politiques auront désormais des chances égales d’accéder au pouvoir d’État, et, la conservation de ce pouvoir, sera fonction de l’impact social que la politique du tenant du pouvoir aura eu et non sur la base de la fraude et de petits calculs à l’origine des guerres civiles et des crises sociales.

Dites-nous comment êtes-vous devenu ce monsieur avec ces idées originales ?

Cette question est un peu trop personnelle. Il ne s’agit pas de ma personne. Il s’agit plutôt de traits communs à ces individus que le tout puissant utilise pour une rupture avec l’existant. Peu importe le domaine d’intervention. Il peut être politique, militaire, médical, chimique, physique, technique, pharmaceutique, religieux, littéraire ; etc. je ne pense pas qu’on le devienne, ces spécimen ou si vous voulez ces individus particuliers naissent avec cet esprit. Ensuite, de par sa main invisible, le tout puissant les guide vers l’accomplissement de la mission qu’il leur confit, à travers non seulement des difficultés qu’ils connaissent ou qu’ils traversent tout au long de leur vie, dans le but de forger leur caractère en vue d’être des individus habités par la sincérité, la détermination, la persévérance et l’audace, mais également, ils connaissent le succès, la reconnaissance des autres afin de déterminer, de tester leur degré de sagesse, de bonté, de justice, de désintéressement, voire, de l’absence de prétention . Notre existence n’est-elle pas basée sur le principe de la dualité ?

Une fois que ces individus ont atteint ce degré ou ce niveau d’élévation psychique, ils sont de ce fait prêts pour l’accomplissement de leur mission qui sont circonscrites dans le temps tout comme leurs œuvres jusqu’à ce qu’elles deviennent inadaptées à un nouveau mode de vie et qu’elles disparaissent au profit d’une autre, respectant en cela, le principe naturel du mouvement : rien n’est figé, tout bouge.

Toute civilisation, étant par définition selon moi, une sédimentation des œuvres humaines ne disparait-elle pas au profit d’une nouvelle ?

Aussi faut-il que tous comprenions que, les phénomènes naturels finissent toujours par dicter leurs lois à l’artificiel qui lui, relève de l’intelligence humaine.

 

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