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Interview partie 1 : M. Koffi Bi Amani « Lorsque vous êtes dans un village où, pour dormir, tout le monde se couche du côté du bras gauche … »

Autrefois bouillant et très zélé pour son parti et surtout considéré par ses parents comme le « vagabond » de la charité dans la région de Sinfra,  M. Koniffi Bi  Amani est resté très silencieux depuis son départ de l’Union pour la démocratie et la paix en Côte d’Ivoire (UDPCI) en 2007. Dans cet entretien qu’il a fini par nous accorder après moult supplications, il explique les raisons de son silence et dresse un tableau synoptique de la situation politique en Côte d’Ivoire.  L’ex-cadre du Pdci-Rda, repêché par le général Robert Guéi, puis 3ème Vice-Président de l’Udpci, l’ancien Directeur du Cabinet II  de Mabri Toikeusse au ministère de la Coopération  et de l’intégration africaine a décidé enfin de se vider. Lire cette première partie de cet entretien-vérité ….à couper le souffle…

Qu’est ce qui explique votre silence alors que vous étiez très actif dans les années 90 ; ce qui amenait des journalistes à vous demander ce qui vous faisait courir . . .

C’est vrai qu’à l’époque, trois journalistes partis couvrir certaines cérémonies que j’organisais me posèrent de façon récurrente la même question. Tous ces événements avaient un caractère social (construction de dispensaire, de bâtiments d’école, de dédommagement des populations des villages qui ont eu à s’affronter à un moment donné et qui faisaient du dédommagement une condition pour revenir à la paix). Certains assimilaient mes actions à la politique mais en réalité, elles étaient une réaction contre un certain esprit politique.

En tout état de cause, il y a un temps pour apprendre, un temps pour observer et un temps pour agir.

Je suis en phase d’observation.

Comment caractérisez-vous l’esprit politique qui vous a amené à réagir ?

Je juge inadmissible que les animateurs des partis politiques veuillent tout obtenir du peuple sans rien lui donner en retour. C’est pour moi, une manière de montrer la voie à ces hommes politique. Voici pourquoi j’ai toujours été  seul et j’ai toujours été combattu par tous les leaders politiques locaux.

Et pourtant nous avons pensé à l’époque que vous le faisiez pour le PDCI ?

Le PDCI en a tiré profit, mais n’a pas su en faire une bonne lecture au point de voir tout ce capital s’écrouler par la suite. Tout en étant utile à mes parents, j’attirais indirectement l’attention des dirigeants d’alors qu’il y avait beaucoup à faire dans ma région qui de mon point de vue, méritait beaucoup plus d’attention. Ce manque d’attention a fait le lit du FPI qui s’y est installé. Et, comme l’écrit si-bien Ernesto Guevara dit le ‘’Che’’ «Il n’existe pas d’efforts accomplis envers le peuple qui ne permettent de récolter en guise de récompense, la confiance de celui-ci ». Aussi donc, par rapport à ma personne des villages entiers sont t-ils revenus au PDCI.

A la perte du pouvoir PDCI, cette même population est retournée au bercail c’est-à-dire au FPI sans pour autant perdre l’estime, le respect qu’elle a pour ma personne, donc prête à m’écouter. Cette forme de confiance qui constitue la récompense du peuple pour cette catégorie d’individus est totalement différente de l’attitude de ce même peuple vis-à-vis d’un leader politique. Tout comme un océan, quel que soit le temps, elle ne tarit jamais.

Comment êtes-vous arrivés à l’UDPCI ?

En 1999, après le coup d’Etat, le PDCI a commis beaucoup d’erreurs que dis-je, beaucoup de fautes. Le président Harry Truman des Etats-Unis ne disait-il pas qu’une erreur devient véritablement une faute lorsqu’on refuse de la réparer ? Dans l’intérêt du peuple ivoirien, avec une très bonne lecture politique sans ressentiment, les dirigeants libres, du PDCI auraient dû comprendre que le Général Guèï Robert était politiquement ‘’orphelin’’ et qu’il leur revenait dans l’intérêt de la Côte d’Ivoire de l’encadrer afin que le PDCI conserve le pouvoir d’Etat, à travers celui-ci. Et, je suis sûr et certain que notre pays n’aurait pas connu, ce qui s’est passé en 2002 et qui a divisé le pays en deux. C’est d’ailleurs cette lecture qui a été faite par le FPI et l’a amené à cogérer la transition militaire avec le général qui a permis de lui arracher le pouvoir à travers l’organisation d’une élection dont  en réalité il avait tous les leviers entre les mains. Malheureusement, le FPI était néophyte dans la gestion des affaires de l’Etat.

Ayant justement fait cette lecture, je n’ai pas hésité un seul instant à répondre favorablement à l’invitation faite par le général Guéï (que je ne connaissais pas et qui avait des informations sur mon audience auprès de mes parents Gouro de Sinfra) de me mettre à son service pour contrer les actions sur le terrain menées par le colonel HOUGA BI GOHORE dans le département. En effet, Feu HOUGA BI GOHORE paix à son âme, avait eu l’idée politiquement géniale au moment où le RDR est sorti du gouvernement de transition militaire, de dire aux chefs Gouro, que le docteur Alassane Dramane Ouattara, les invitait à Abidjan pour leur témoigner toute sa gratitude et sa reconnaissance, par rapport à l’acte courageux posé par leur fils Zorro Bi Ballo Epiphane qui, lui a délivré son certificat de nationalité. Politiquement, au vu du contexte historique, le déplacement de ces chefs, aurait constitué un acte fort dans l’opinion internationale.

La mission à moi confiée, par le Général lors de notre première rencontre était claire : faire échec à ce projet très avancé qui visiblement le gênait sur tout que, cela venait de ses alliés Gouros. Pour lui, c’était un désaveu ! Selon lui, pour l’accomplissement de cette mission, il a été unanimement conseillé de me la confier. Un détail important, j’étais tenu de la réaliser en soixante-douze heures (72 H) avant celle du colonel qui était selon lui imminente. En quelque sorte, il fallait lui couper les herbes sous les pieds. Et, après avoir réussi (dans le temps) ce grand rassemblement du peuple Gouro dans son ensemble au MESS du camp Gallieni à sa demande, il était tombé ‘’sous mon charme’’. Par la suite, il a su établir entre lui et moi, une relation de confiance, d’admiration et de respect, du reste mutuelle.  Voici comment il m’a entraîné avec lui à l’UDPCI.

Dites-nous, pourquoi avez-vous démissionné de l’UDPCI ?

Lorsque vous êtes dans un village où, pour dormir, tout le monde se couche du côté du bras gauche, vous êtes par conséquent ténus de le faire. Pour ne pas avoir à le faire, vous évitez que la nuit ne vous y trouve. Il n’y a aucun problème entre mes frères de l’UDPCI et moi.

Tous, ont beaucoup de respect pour moi ; à commencer par mon jeune frère Monsieur le Ministre Mabri. Quant au Ministre Flindé, il est demeuré mon frère et ami que j’ai toujours eu, même parti de l’UDPCI. Concernant la situation à l’UDPCI, il faut savoir qu’elle n’est pas propre à ce parti. Elle a un caractère général.

Justement, quelle lecture faites-vous de la situation politique qui prévaut actuellement dans votre ancien parti politique l’UDPCI ? Je rappelle que vous avez été Directeur du cabinet II et Monsieur Flindé Albert, Directeur du cabinet I du Ministre MabriToikeusse lors que celui-ci avait en charge le Ministère de la coopération et de l’intégration africaine. Vous avez été par ailleurs troisième vice-Président (démissionnaire) de l’UDPCI.

Il faut d’abord savoir que cette situation n’est pas que propre à l’UDPCI. Elle est générale puisque tous les partis au pouvoir ont toujours eu ce mode de fonctionnement. Il n’est pas également propre au RHDP. En cela, je ne réagis pas en tant qu’ancien membre de l’équipe dirigeante de l’UDPCI mais, en tant qu’ivoirien, qui n’a qu’un seul pays et qui a eu le privilège d’avoir été le collaborateur de ces deux têtes fortes de l’UDPCI.

Monsieur le Ministre Flindé Albert est un homme qui, au quotidien observe une démarche et un raisonnement faits de logique et de cohérence, n’en déplaise à certaines personnes. Par conséquent, sa position ne saurait me surprendre. Elle tire son fondement du principe de la fusion absorption de tous les partis politiques dont les leaders ont librement accepté et en toute connaissance de cause d’intégrer le RHDP. La conséquence qui en découle est la perte de la personnalité juridique de chacun des partis politiques membres du RHDP  qui devient de ce fait l’unique parti à détenir cette personnalité juridique et donc, le seul, à agir pour le compte de tous.

En claire, on ne peut pas aimer manger la tête du mouton tout en se plaignant qu’elle contient des morves. Telle semble être la position assez cohérente du Ministre Flindé.

Quant au ministre MabriToikeusse, il se comporte comme s’il était encore dans un gouvernement de coalition (à l’issue des accords de Marcoucis), comme ce fut le cas de 2003 à 2010 en Côte d’Ivoire.

C’est donc normal qu’il pense que son parti n’a jamais perdu la personnalité juridique ; Ce qui justifierait les activités qu’il mène pour le compte de l’UDPCI.

N’étant pas membre du RHDP, j’avoue que je n’ai aucune connaissance de ses statuts et règlements intérieurs.

Cependant, je me pose la question de savoir, pourquoi est-ce maintenant que Monsieur le Ministre Flindé Albert combat la position de son jeune frère Mabri (à moins d’en avoir discuté en interne) quand on sait que ce dernier n’a jamais eu de comportement équivoque sur l’existence de son parti politique même en étant membre du RHDP.

Aussi, suis-je fondé à poser la question de savoir, pourquoi le RHDP, le concerné au premier-chef, tout en n’ignorant pas cette attitude de défiance du Ministre Mabri l’a pourtant laissée prospérer ?

La réponse à cette question se trouve dans l’analyse de l’esprit politique qui gouverne en particulier les dirigeants de ces deux partis politiques et par extension tous les dirigeants des partis politiques Ivoiriens.

Même si Monsieur le Ministre Flindé Albert est habité par la cohérence et d’une certaine logique, fort est de constater que son jeune frère, le Ministre Mabri a le mérite de maîtriser trop bien d’ailleurs les règles du jeu politique Ivoirien qu’il applique merveilleusement bien. En un mot, il maîtrise l’esprit politique Ivoirien fait malheureusement de duplicité, voire de manque d’éthique. Il se comporte en conséquence. Quoi de plus normal ! L’esprit qui l’habite obéit à sa stratégie de conquête du pouvoir d’Etat.

 Pensez-vous que dans son fort intérieur, Mabri croit pouvoir remporter les élections présidentielles d’octobre 2020 face au PDCI, au RHDP, ou au FPI ?

Honnêtement, je ne le pense pas.

Mais alors, pourquoi s’entête-t-il à vouloir être le candidat de l’UDPCI au lieu de soutenir le candidat choisi par le RHDP ?

Au-delà d’une question de principe qui estime que la politique consiste dans la volonté de la conquête et la conservation du pouvoir, Mabri est à l’étape constitutive des moyens devant permettre à son parti à terme d’être fort et d’espérer arriver au pouvoir d’Etat. Mabri sait par conséquent, mieux que qui conque l’importance de moyens dans la vie d’un parti politique qui vise le pouvoir d’Etat. Il n’ignore pas non plus qu’une fois, il sera en manque, il n’aura plus le contrôle sur son parti. Il a conscience aussi qu’il n’a pas la dimension du PDCI, du RDR et du FPI et qu’il a encore besoin de temps pour une bonne implantation de son parti au plan national.

Mabri n’est pas naïf au point de ne pas comprendre que le RHDP est un instrument entre les mains du RDR, devant lui permettre de conserver le pouvoir d’Etat. Partant de ce fait, il savait qu’il n’allait jamais être choisi comme candidat du RHDP ; Que dis-je du RDR. Il n’est donc pas surpris que le choix du candidat du RHDP, se porte sur un militant du RDR.

 

Mais alors, pourquoi n’est-il pas parti du RHDP comme l’a fait le Président Henri Konan Bédié du PDCI ? Pourquoi a-t-il accepté de revenir dans le gouvernement après en avoir été limogé dans les conditions que l’on sait ?

 

La réponse est simple. Il est vital pour l’UDPCI à travers sa personne de faire partie de tous les gouvernements aussi longtemps que possible, de sorte à lui permettre de constituer son trésor de guerre en consolident sa fortune personnelle. Vue sous cet angle, Mabri n’aurait jamais démissionné de lui-même comme les Ministres Thiery Tanoh, Marcel Amon Tanoh et Jean Louis Billon l’ont fait. Pour maintenir l’UDPCI dans ses privilèges qui datent de 2003 (partage du pouvoir avec possibilité de le voir distribuer les postes aux militants proches de lui), il lui faut nécessairement être dans le rôle, oh combien important de faiseur de roi. Or, pour jouer pleinement ce rôle, il faut que l’UDPCI soit autonome, c’est-à-dire qu’il puisse présenter un candidat à toute élection présidentielle, qui ne peut être que lui.

Le scénario qu’il pourrait le plus craindre est sa sortie du gouvernement. Cette situation le priverait de moyens. Maintenant que cela est effective, plusieurs questions se posent :

  • Pendant combien de temps pourra-t-il supporter les charges consécutives à la vie de l’UDPCI ?
  • Les membres de ses deux premiers cercles auront-ils la patience de poursuivre avec lui son projet de conquête du pouvoir d’Etat à moyen ou à long terme ?
  • Quelle sera la position de ses militants essentiellement composées de la région du Tonkpi qui auront à comparer désormais la gestion du pouvoir politique de Flindé à la sienne ?

A terme, dans la nouvelle posture où il se trouve, je crains fort bien qu’il ne soit affaibli. Mais dans le même temps, le RHDP devrait faire attention dans la région du Tonkpi car il pourrait désormais y marcher sur des œufs.

Dans votre analyse, concernant la situation qui prévaut actuellement à l’UDPCI, vous avez mis en cause l’esprit politique de toute la classe politique Ivoirienne. Pouvez-vous nous expliquer davantage ?

Tout parti politique digne de ce nom a pour objectifs la conquête et la conservation du pouvoir d’Etat. Pour y parvenir il dispose entre autres moyens, des stimulants d’esprit. Malheureusement, la plupart du temps ces stimulants sont dépourvus d’éthique, de droiture morale, de loyauté au sens de la sincérité et de l’honnêteté. A-t-on forcément besoin de ce type de stimulants pour conquérir et conserver le pouvoir d’Etat quand on sait qu’ils ont pour conséquences la création de tensions sociales inutiles, des guerres civiles inutiles ? Ces esprits politiques sont malheureusement à l’antipode des objectifs généraux de la politique que sont :

  • La recherche d’une paix durable
  • La recherche de la prospérité.

De par les faits de tous nos hommes politiques, notre pays est un grand malade. C’est l’esprit politique qu’ils incarnent qui est à l’origine de tous les problèmes que la Côte d’Ivoire connait depuis 1993 et qui sont malheureusement loin de prendre fin tant que ceux-ci ne comprendront pas qu’ils doivent habiller leur esprit politique des vêtements d’éthique, de sincérité et de droiture morale.

Nous vous traduirons cet esprit politique fait de duplicité à travers les stratégies de conquête et de conservation du pouvoir du PDCI, du FPI et du RDR.

 

FIN DE LA PREMIER PARTIE

Interviewé : M. Koffi Bi Amani

Ancien Responsable du domaine portuaire d’Abidjan

Ancien Directeur du Cabinet II au ministère de la Coopération  et de l’intégration africaine

3ème vice –Président de l’UDPCI

Entretien réalisé par  unite.ci

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